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04/06/2020
Que sont-elles devenues ? Virginie Sarpaux
Suite de notre série sur le parcours des anciennes internationales tricolores, avec un épisode consacré cette semaine à Virginie Sarpaux, internationale en salle (89 sélections entre 1996 et 2001) puis en beach, aujourd’hui artiste-peintre.
Comment avez-vous débuté le volley ?
Je ne viens pas d’une famille de volleyeurs, puisque j’ai d’abord longtemps joué au tennis, on m’avait même proposé d’intégrer une structure privée pour continuer à progresser, mais comme ma famille n’avait pas les moyens, je suis restée dans mon petit village, à Vias, dans l’Hérault. Un jour, une amie de ma mère qui faisait du volley au FLL Agde m’a conseillé d’essayer, j’avais 15 ans et demi, et quand les entraîneurs de volley m’ont vue arriver, vu que j’étais très grande et fine, ils se sont dit « C’est Noël ! ». Du coup, dès ma première saison, alors que je débutais de zéro, j’ai été sélectionnée sur des stages régionaux, puis sur des stages nationaux et j’ai vite intégré l’équipe de France cadettes. Ensuite, j’ai été prise au CREPS de Boulouris, puis l’année d’après, je suis montée à l’INSEP où j‘ai passé mon Bac, avant de signer mon premier contrat pro à Albi. En fait, ça a été très vite alors que je n’avais pas vraiment d’ambitions sportives quand j'étais jeune.

Que retenez-vous de votre passage à Albi ?
Je garde de très bons souvenirs de ces quatre ans à Albi, entrecoupés d’une année au Brésil, c’était mon club-phare français. L’anecdote, c’est que, avant d’aller à l’INSEP, j’ai refusé une offre de Cannes. Je pensais que pour avoir mon Bac, l’INSEP était un cadre plus structuré. Parfois, je me dis que si j’avais accepté la proposition cannoise, ma carrière aurait changé, d’autant qu’à l’époque, il y avait l’excellent entraîneur Yan Fang et toutes les bonnes joueuses qui constituaient le groupe.

Vous avez porté le maillot de l’équipe de France A à l’époque où vous évoluiez à Albi, quels souvenirs en gardez-vous ?
Je me souviens que j’avais été très émue quand j’avais reçu ma première convocation (en 1996), mais, pour être totalement transparente, j’avais été un peu déçue en arrivant dans le groupe parce qu’il n’y avait pas une bonne ambiance. Par la suite, l’entraîneur a changé, Jue Gang a pris en main l’équipe avec Jacques Béraud comme adjoint, qui m’entraînait sur Albi. Là, on a bossé pendant quatre ans avec un groupe génial pour essayer de remonter le niveau de l’équipe de France, ce que nous avons réussi à faire en nous qualifiant pour l’Euro 2001 (8e place finale), c’était une belle épopée sportive et humaine, on en garde toutes un super souvenir.

"Une aventure folle avec Morgane Faure"

Vous avez été jouer en club au Brésil et en Allemagne, était-ce une volonté de votre part ?

Une fois que je me suis vraiment lancée dans le volley, je me suis fixé de très hauts objectifs et j’aspirais à jouer dans les meilleurs pays de volley, comme le Brésil, l’Italie, le Japon. Il se trouve qu’avec Albi, nous sommes allées faire un stage de pré-saison au Brésil, une fois là-bas, j’ai eu envie de tenter l’aventure, j’en ai parlé à Jacques Béraud qui a eu la gentillesse d‘en parler à l’entraîneur local et j’ai signé, à à peine 20 ans, pour le BCN Osasco, un club de Sao Paulo. C’était une aventure incroyable, j’ai découvert un club tellement pro par rapport à nous, on passait toute la journée au gymnase, avec du physique, de la technique et des exercices d’agilité le matin, du travail collectif l’après-midi, ça a été une expérience folle. Et ce n’était pas comme aujourd’hui, je ne pouvais pas faire des FaceTime avec ma famille, donc j’écrivais des lettres à ma mère, je lui envoyais des photos que je faisais développer et qu'elles recevaient trois semaines plus tard…

Et l’Allemagne ?
Au cours d’un match contre Cannes, un agent qui avait entendu parler de moi est venu me voir jouer et m’a proposé de signer au Bayern Lohhof, juste à côté de Munich. Comme je voulais repartir à l’étranger, j’ai accepté, l’expérience a en revanche été très dure. Le club avait beaucoup de problèmes financiers, nous n’étions pas payées, il y avait une grosse pression de l’entraîneur et du club sur moi parce que je faisais partie des étrangères. J’avais signé pour deux ans, mais l’expérience a été tellement difficile que j’ai fini par rompre mon contrat et arrêter ma carrière. J’ai quand même tenu à finir la saison avec l’équipe nationale parce qu’il y avait justement l’Euro dont je parlais, j’ai alors eu des propositions pour aller en Italie, mais j’étais tellement épuisée mentalement que j’ai refusé.

Vous avez arrêté combien de temps ?
J’ai arrêté un an. L’année d’après, j’ai rejoué en N3 avec des copines à Toulouse, où j’avais repris des études en arts plastiques.
 En 2004, le CREPS de Boulouris a ouvert le pôle national de beach-volley, il y avait à l’époque Anabelle Prawerman, que je connaissais de la salle, qui m’a proposé de venir me tester au beach-volley. J’ai un peu hésité mais j’y suis allée et j’ai commencé le beach-volley en janvier 2005. Il n’y avait à l’époque pas de bulle couverte, je me souviens qu’on devait casser le sable gelé à la pelle pour pouvoir s’entraîner, mais je me suis tout de suite très bien entendue avec ma partenaire, Morgane Faure. Cinq mois après, une des deux joueuses de l’équipe de France 1 n’avait pas son passeport à jour pour aller aux Jeux Méditerranéens à Almeria, du coup, nous avons été sélectionnées et il s’avère qu’on a gagné ! Ce tournoi a été un moment incroyable qui a vraiment lancé notre carrière en beach. Après ma carrière en salle, je ne pensais plus jamais refaire du haut niveau de ma vie, ce résultat a été une vraie carotte. On a ensuite encore obtenu un bon résultat sur un World Tour à Paris et chaque année, on faisait une ou deux bonnes performances qui nous permettaient de monter au classement et de se rapprocher de la qualification pour Pékin. C’était une aventure folle. Finalement, nous avons manqué cette qualification d’une place. Nous nous sommes consolées en devenant le même été championnes de France, puis nous avons arrêté de jouer ensemble.

Avez-vous alors continué ?
Je me suis fortement posé la question d’arrêter, parce que j’avais 33 ans, mais j’ai souhaité continuer pour essayer d’aller jusqu’à Londres. J’ai bataillé pendant deux ans pour essayer de construire un projet qui me semblait cohérent avec Kinga Makulevic, avec qui j’avais joué en équipe de France en salle, mais il n’avait pas été validé par la Fédération, si bien qu’au bout de deux ans, j’ai lâché du jour au lendemain, ça a été la fin de ma carrière, un peu en queue de poisson.

"Le haut niveau m’a beaucoup aidée dans tout ce que j’ai fait après"

Que décidez-vous alors de faire ?
Cet arrêt a été assez brutal, c’étaient quinze-vingt ans de ma vie qui s’arrêtaient net, je me suis en plus à ce moment-là séparé de mon compagnon de l’époque, c'était toute ma vie qui changeait. Du coup, j’ai un peu frappé à toutes les portes, j’ai fait du bénévolat, je suis ensuite devenue fleuriste, puis j’ai monté un atelier de couture avec des amies, j’ai eu l’opportunité d’être prof d’EPS et d’arts plastiques. Et au bout de trois ans, j’ai eu besoin de respirer et je suis partie vivre au bord de l’océan, au Pays basque, où je vis toujours, à Anglet.

Quelle est aujourd’hui votre activité professionnelle ?
C’est quelque chose d’assez intime, mais il y a trois ans, j’ai eu un cancer, ça a été un gros choc qui m’est tombé sur la tête, ça m’a bousculée, mais je suis vraiment revenue aux choses essentielles pour moi, principalement à la peinture. Aujourd’hui, je suis artiste-peintre sous le pseudo de Mullhen Baccia (voir
la page Facebook), j’ai mon atelier sur Biarritz, où je donne des cours, je m’occupe aussi d’ateliers en libération émotionnelle via la peinture, je suis également depuis janvier une formation en art-thérapie. A côté de ça, je fais aussi quelques piges en tant qu’éducatrice sportive auprès de personnes âgées et d’adolescents en difficulté. Ce qui est certain, c’est que le haut niveau m’a beaucoup aidée dans tout ce que j’ai fait après, parce que ça m’a appris à gérer le stress, à poser des objectifs, à m’adapter aux contraintes, autant de choses qu’on n’apprend pas dans les livres. Même pendant mon cancer, je sentais que j’avais beaucoup de cartes en main pour avancer dans l’épreuve et vaincre, parce que j’avais cette carrière de haut niveau derrière moi. D’ailleurs, j’en fais des conférences et je suis sur l’écriture d’un livre.

Avez-vous gardé des liens avec le monde du volley et du beach, suivez-vous l’actualité ?
J’ai bien évidemment gardé des contacts avec mes copines de l’époque via les réseaux sociaux. J’ai aussi longtemps entraîné en beach, quand j’étais encore joueuse pro à Toulouse, puis quand je me suis installée à Anglet, mais également à l’étranger, sur des stages en Italie et en Espagne. Je continue d'ailleurs à retourner tous les ans pour des stages de deux-trois semaines sur l’île de Majorque. Pour ce qui est de l’actualité, j’aime regarder les matchs de notre belle équipe de France masculine qui fait vraiment plaisir à voir, je regarde aussi de temps en temps des matchs de beach-volley.