Accueil >>
HOME
22/01/2021
Axelle Guiguet : « Le projet féminin commence à porter ses fruits »
La Journée internationale du sport féminin a lieu le dimanche 24 janvier dans toute la France, elle s’accompagne cette semaine de l’opération #SportFémininToujours destinée à mieux médiatiser les compétitions féminines. L’occasion d’échanger autour de cette thématique avec la Directrice technique nationale de la Fédération Française de Volley, Axelle Guiguet.
 
Le volley est-il un sport assez féminin ?
Oui, dans les faits, nous sommes la fédération de sports collectifs indoor la plus féminisée, avec pas loin de 50% de licenciées, nous sommes une fédération très paritaire. Cela s’explique par plusieurs raisons : c’est lié à la nature de la discipline qui attire beaucoup de groupes de copines qui ont envie de pratiquer un sport collectif ensemble, c’est aussi un sport sans contact, il n’y a pas forcément l’aspect « rugueux » que l’on trouve dans d’autres disciplines. Enfin au sein de la Fédération, la politique a toujours été de traiter le volley féminin et masculin de la même manière, au niveau des politiques de développement, sur les plans de formations mais beaucoup moins sur le haut niveau.

Vous êtes l’une des rares femmes à occuper le poste de DTN en France, cela fait-il de vous une porte-drapeau de la cause des femmes ?
C’est vrai que je fais partie des rares DTN femmes de fédérations olympiques, nous sommes assez peu nombreuses et je crains que nous le soyons encore moins sur la prochaine olympiade. De ce point de vue je suis une exception, mais je n’en suis pas particulièrement fière, ce n’est pas un bon signal pour le sport français. Ma nomination relève en tout cas d’une confiance du président qui, quand il cherchait à pourvoir le poste, s’est davantage attaché aux compétences liées au projet qu’il souhaitait développer qu’au fait qu’il ait à faire à une femme ou à un homme. Après, compte tenu de mon parcours en tant qu’ancienne athlète de haut niveau (pentathlon moderne), c’est sûr que je suis particulièrement attentive à l’équité de traitement dans les projets liés au sport de haut niveau féminin. A la Fédération, on avait quand même un certain retard en termes de structuration du secteur féminin. Grâce à la politique volontariste du président, j’ai eu la possibilité de m’investir en particulier sur ces projets de développement du sport de haut niveau féminin et je le fais avec beaucoup de plaisir.

Y a-t-il encore un combat à mener pour que vous ne soyez plus une exception dans le paysage du sport français ?
Depuis quelques années le Ministère essaie de mener une politique volontariste pour féminiser les postes à responsabilités dans le sport. Il y a un retard du fait que, déjà au départ, quand on regarde le nombre de professeurs de sport, même si je ne connais pas les proportions, il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes. Ensuite, il y a le fait que souvent, jusqu’à présent, les DTN étaient des experts de la discipline. Or, quand on est un expert, cela veut dire qu’on a auparavant été entraîneur de très haut niveau et donc qu’on a passé énormément de temps sur les terrains les soirs et les week-ends. Cela ne correspond pas forcément aux choix de vie des femmes. Le changement peut venir de l’évolution des compétences attendues d’un DTN, qui doivent aujourd’hui être des managers de projets et d’équipe. Cette vision de,la fonction va peut-être permettre d’amener davantage de femmes à de telles responsabilités, en tout cas je l’espère !

« Les filles se sont emparées du projet Génération 2024 »

Vous parliez de politique volontariste sur le haut niveau féminin avec notamment le projet Génération 2024, aujourd’hui, avez-vous l’impression que cette politique commence à porter ses fruits pour ce qui est du volley tricolore ?

Oui, nous avons engagé une politique très forte depuis trois-quatre ans avec Emile Rousseaux à la tête de ce projet. Nous lui avons fixé comme objectif d’avoir l’équipe la plus compétitive possible aux Jeux Olympiques de 2024. Pour cela il était aussi primordial de faire en sorte que les filles de l’équipe de France s’emparent aussi de ce projet. Il y a donc eu toute une période pendant laquelle il a fallu un peu reconquérir les joueuses en leur démontrant la qualité du projet pour qu’elles se sentent davantage concernées et s’y investissent, ce qui est aujourd’hui le cas. Le fait que l’équipe de l’IFVB (France Avenir 2024) joue dans le championnat de Ligue A professionnel contribue largement à la qualité de la formation des filles. A côté de ça, on a de plus en plus de joueuses qui évoluent à l’étranger : elles n’étaient que trois en 2016, elles sont aujourd’hui quatorze, c’est une progression très significative. Ça veut d’abord dire que les filles sont prêtes à s’engager, y compris dans leur vie personnelle, ensuite, c’est une reconnaissance pour elles : si elles sont recrutées à l’étranger, c’est qu’on a besoin de leurs compétences en termes de volley-ball. Ces éléments concrets nous permettent de penser que le projet commence à porter ses fruits. Le cap suivant, c’est d’obtenir des résultats sur la scène internationale. Nous avons réussi en 2019 à nous qualifier au Championnat d’Europe, le prochain objectif est non seulement de se qualifier (le tournoi pour l'EuroVolley 2021 aura lieu en mai), mais aussi de performer. J’aimerais aussi voir les filles accéder cette année au Final Four de la Ligue Européenne, je pense qu’elles en sont capables, elles ont maintenant une bonne expérience internationale. Petit à petit, il faut qu’on monte en puissance jusqu’en 2024.

Le meilleur exemple de la pertinence de l’équipe de l’IFVB, ce sont les dernières jeunes qui en sont sorties et qui ont réussi à d’entrée s’imposer dans leur premier club professionnel, comme Amandha Sylves (Nantes), Juliette Gelin (Chamalières), Manon Moreels (Marcq-en-Baroeul) ou Amélie Rotar (Venelles) ?
Oui, c’est un marqueur fort du projet et c’est aussi un engagement que nous avions vis-à-vis des clubs professionnels qui ont accepté de voir cette équipe de l’IFVB jouer en Ligue A, preuve de leur envie de voir l’équipe de France s’améliorer : l’objectif était de former les filles dans les meilleures conditions possibles pour que, à leur sortie de l’IFVB, elles soient opérationnelles pour les clubs pros. De leur côté, les clubs jouent le jeu en leur permettant de signer directement leur premier contrat pro. Je trouve que c’est un projet gagnant-gagnant pour les deux institutions et c'est un projet unique : dans aucune autre discipline, il n’existe une telle collaboration entre la Fédération et la Ligue professionnelle. Je pense que nous sommes vraiment sur la bonne voie et il faut qu’on continue comme ça.

Ce projet porte-t-il ses fruits également au niveau des plus jeunes ?
C’est un vrai travail de fond que nous avons engagé et que nous partageons avec les pôles Espoir, les centres régionaux d'entraînement et les ligues régionales, travail qui porte sur la formation des entraîneurs mais aussi sur la politique d’accès au haut niveau conduite dans les ligues, sur la détection des hauts potentiels. Nous avons besoin d’un peu plus de temps pour en mesurer les effets, mais les voyants sont au vert, nous avons une écoute très ouverte et bienveillante des président(e)s de ligues qui sont impacté(e)s et engagé(e)s par ce projet, je les en remercie, parce que nous leur avons demandé beaucoup d’adaptations.

« Avoir deux équipes féminines de beach aux JO de Paris 2024 »

Au niveau du beach-volley, la Fédération a également engagé une réforme en profondeur en ce qui concerne le haut niveau, les équipes de France, hommes et femmes confondus, étant désormais concentrées sur Toulouse, quels sont les résultats tangibles ?
C’est effectivement un projet que nous avons lancé conjointement à celui sur le volley indoor féminin. Là aussi, nous sommes dans une logique de traitement totalement égal filles/garçons, nous avons pour cela recruté un entraîneur de haut niveau brésilien, Lissandro Carvalho, qui a comme mission de conduire la politique de la haute performance, mais aussi de contribuer à la structuration du beach-volley en France. Nous avons cette année ouvert notre premier pôle Espoir à Montpellier, j’espère qu’il ne sera pas le seul, car l’idée est de vraiment développer une filière à part entière avec comme objectif de former des jeunes beacheuses et beacheurs pour qu’ils intègrent par la suite le pôle France à Toulouse. Pôle France qui réunit les meilleurs jeunes et les équipes seniors et va bénéficier au mois d’avril d’une nouvelle structure couverte dédiée, développée avec la région Occitanie et le CREPS de Toulouse. Nous avons les outils, les entraîneurs, maintenant, il faut qu’on forme mieux et plus tôt.

Pour ce qui est des filles, les deux paires de l’équipe de France (Alexandra Jupiter/Aline Chamereau et Lézana Placette/Alexia Richard) ont pas mal progressé ces dernières saisons, quel leur manque-t-il pour passer encore un cap ?
Oui, elles se sont beaucoup investies dans le projet, elles ont énormément augmenté leurs capacités d’entraînement en termes de volume et de niveau d’exigence, c’est vraiment significatif. On peut souligner qu’elles ont réussi à la fois à se qualifier et à performer sur le dernier championnat d’Europe en prenant la neuvième place. Aujourd’hui, ce sont deux paires qui ont un bon niveau international, il leur manque effectivement encore un petit quelque chose pour basculer dans le très haut niveau, c'est-à-dire terminer plus régulièrement dans le Top 5 et accrocher des podiums sur le World Tour, mais je sais qu’avec le staff, elles font tout pour y arriver.

Quelle visibilité a-t-on sur la saison internationale 2021 de beach ?
Depuis l’arrivée du coronavirus, on navigue à vue, on n’a pas encore de calendrier officiel de la FIVB sur le World Tour. Donc aujourd’hui, à très court terme, nos équipes de France vont partir en stage à Tenerife, parce qu’elles ont besoin de jouer en extérieur et d’échanger avec des équipes étrangères. Ensuite, on s’adaptera, la qualification aux Jeux de Tokyo passera probablement par la Continental Cup, parce que par le ranking, ça devient plus compliqué s’il y a moins de tournois du World Tour.

Que peut-on espérer pour le beach-volley féminin aux Jeux de Paris dans trois ans et demi ?
Avoir deux équipes de beach, puisque nous aurons une paire qualifiée automatiquement en tant que pays-hôte, et la possibilité d’en avoir une deuxième, à condition qu'elle se qualifie sportivement. Et arriver à construire d’ici là des équipes jeunes pour prendre le relais, car à l’issue de 2024, il y aura sans doute un turn-over de génération.

La pratique féminine s'est également développée en ParaVolley, pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, le volley féminin se pratique également avec un handicap. Eric Tanguy a souhaité prendre en charge la délégation des 2 disciplines volley assis et volley sourd (précédemment à la FFHandisport). Depuis 2017, nous développons un projet paralympique pour Paris 2024 pour l'équipe de France de volley assis féminine (et masculine)
Et nous soutenons également le développement de la pratique du volley sourd au sein de la Fédération.