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(Miniature) L’interview bleue : Jonas Aguenier
Photo : legavolley.it
09/10/2020
L’interview bleue : Jonas Aguenier
A 28 ans, après plusieurs saisons gâchées par des blessures puis un passage en Serie A2 italienne à Spoleto, Jonas Aguenier revit à Vérone, où il s’est marié l’été dernier, titulaire au sein de la formation où évolue également Stephen Boyer. Le central international se confie pour L’Interview bleue de la semaine.
Faisons d’abord un retour en arrière : comment t’es-tu retrouvé à Vérone l’année dernière après ton expérience à Spoleto ?
C’était un peu spécial. J’étais à Vérone avant que la saison 2019/2020 ne commence, parce que ma copine, devenue ma femme, est de Vérone, j’avais été la retrouver après l’été passé en équipe de France, Stephen Boyer nous avait prêté son appartement. Le temps que Stephen arrive, mon agent m’avait dit que je pouvais faire la préparation avec Vérone en attendant de trouver un club. Ce que j’ai fait, je me suis alors très bien entendu avec le coach et avec les dirigeants, et avant le retour de Steph, ils m’ont trouvé un appartement, puis m’ont proposé un contrat en novembre. Un long contrat puisque ça peut aller jusqu’en 2024-2025 selon les options. Ce qui est très rare en volley. Je suis passé de pas de club du tout en août à un contrat au long cours, j’ai accepté sans hésiter !

Comment s’est passée la suite ?
Comme je suis arrivé tard, la saison dernière, j’étais là en pièce rajoutée, il y avait déjà quatre centraux, j’étais plus là comme un partenaire d’entraînement. Mais ça m’a permis de découvrir le groupe, le club, je me suis ensuite marié cet été à Vérone. Cette saison, je devais avoir un rôle de troisième central, mais avec le Covid, il y a moins d’argent dans les clubs italiens, le club n’en a pas trouvé pour embaucher un autre étranger, ils ont donc décidé de me faire confiance et je me suis retrouvé titulaire dans une bonne équipe du championnat italien, c’est parfait pour moi !

Et apparemment, les débuts ont été plutôt réussis, non ?
La préparation a été longue, nous avons commencé début juillet, c’était un peu compliqué pour moi, parce que je devais organiser notre mariage à la fin du mois, j’étais un peu cuit début août… On a beaucoup bossé en prépa, ce qui était prévu, on a un nouveau préparateur physique extraordinaire, mais on a complètement raté le coche sur la Coupe d’Italie (trois défaites en poule, donc élimination). On a enchaîné le Championnat avec un gros programme : on a commencé par la Lube en perdant 3-0 mais en jouant bien, on a ensuite été gagner 3-0 à Trento, une victoire qui a fait du bien, parce qu’on sentait que ça commençait à prendre, et on a enchaîné jeudi en battant Monza 3-1 à l'issue d'un match compliqué. On avait pas mal de pression à la maison, parce que l'année dernière, on avait tendance à très bien jouer contre les bonnes équipes et moins bien contre celles de notre niveau, on avait peur de recommencer sur ce rythme. Donc cette victoire nous a énormément soulagés, c'est presque une victoire qui compte double, elle nous apporte beaucoup de confiance. La semaine prochaine, on a deux déplacements hyper importants à Vibo et Milan, on va essayer de confirmer. 

Et que retiens-tu de tes débuts à titre personnel ?
Du bon. Au début, ça faisait bizarre, parce que ça faisait un an que je n’avais pas joué, pour un central, c’est compliqué de retrouver le rythme du jeu, sans compter qu’il fallait s’habituer à un nouveau championnat qui n’a rien à voir avec la Serie A2. Donc j’étais un peu perdu, mais j’ai vite repris mes marques. Maintenant, il y a encore beaucoup à bosser, surtout au bloc, c’était un de mes points forts jusqu’ici, sur les premiers matchs, je touchais pas mal de ballons, mais sans parvenir à faire beaucoup de points, le bloc se joue tellement sur des petits détails que je sentais qu'il ne manquait pas grand-chose pour que ça passe. D'ailleurs jeudi contre Monza
, j'ai recommencé à bloquer (5 pour 8 points). Ce qui est sûr, c’est que je prends du plaisir à jouer et à bosser.

"Une chance que je ne peux pas laisser passer"

Quels sont les objectifs de Vérone cette saison ? Avez-vous les moyens d’aller titiller les quatre équipes qui, depuis quelques saisons, dominent le championnat italien ?

Avec le Covid, les gros sont un peu moins au-dessus, je pense à Modène qui a une équipe un peu moins forte que les saisons précédentes. Après, Civitanova, Perugia et Trento, c’est toujours très fort, mais on a réussi à aller battre Trento chez eux. De notre côté, je pense qu’on a vraiment une bonne équipe, avec de bonnes individualités, qui est capable de faire un coup, mais ça se joue à rien, on est très proches des clubs qui sont dans le groupe « 4-8 », comme Piacenza, Milan, Monza, et espèrent aussi faire un coup. Ce qui est sûr, c’est qu’on joue mieux depuis que l’Américain Thomas Jaeschke est revenu, on sent que c’est plus équilibré, on s’amuse plus sur le terrain.

Quels sont les points forts de l’équipe ?
Je dirais que c’est le groupe. Si on parle des individualités, on a Stephen qui peut être très fort, mais ce n’est pas lui qui va nous faire gagner des matchs tout seul ; on a aussi Kaziysky qui a été un moment le meilleur joueur du monde ; on a notre grand passeur italien (Luca Spirito) qui commence vraiment à bien jouer, ça fait un moment qu’il est au club, il est un peu comme à la maison ; et Thomas Jaeschke qui a le couteau entre les dents, parce qu’il reste sur deux grosses blessures au genou puis à l’épaule deux ans de suite, il revient avec l’envie de démonter tout le monde. Et au centre, l’Italien Caneschi qui est jeune mais a un très bon potentiel. Et puis moi, j’ai envie de saisir ma chance à fond, j’ai vraiment envie de faire quelque chose que peu de Français ont réussi à faire au centre, surtout en Italie.

C’est plus dur de s’imposer au centre ?
C’est quasiment impossible ! Parce que comme il leur faut trois Italiens sur le terrain, c’est en général le poste où ils prennent des Italiens, avec celui de libéro. Et s’ils prennent des centraux étrangers, ce ne sont que les meilleurs du monde, tu vois cette année, les centraux étrangers, c'est Holt, Lisinac, Podrascanin, Solé… Donc le fait que moi, Français, je me sois retrouvé là, c’est une chance que je ne peux pas laisser passer.

"Aujourdhui, la vie me sourit"

Tu as l’impression de revenir de loin ?

(Rires). De très très loin ! On en parle souvent avec ma femme, mais je me souviens que l’année dernière pendant l’été, je commençais à paniquer. Le projet quand je suis arrivé en Italie était de monter avec Spoleto, ce que nous n’avions pas réussi à faire. Après ça, j’ai reçu des offres en France, mais je n’avais pas l’envie à ce moment-là de revenir. J’avais appelé mon agent pour lui demander de me trouver un club en Italie, mais au bout d’un mois, il n’y avait rien et le marché était fermé, puis je lui ai demandé de trouver en Allemagne, en Grèce, rien ne venait. Finalement, j’étais à deux doigts de signer à Tourcoing ou à Poitiers, ma femme m’a alors dit que si je n’avais pas envie d’y aller, il ne fallait pas signer, qu’on allait attendre, elle m’a beaucoup rassuré. Et finalement, en attendant un peu, tout a changé : j’ai trouvé un club et dans la foulée, on a décidé de se marier… Aujourd’hui, la vie me sourit, c’étaient vraiment des moments riches en émotions. J’ai l’impression que toutes les choses se sont alignées pour que tout aille bien…

Pour qu’elles s’alignent encore mieux, il ne manque qu’un retour en équipe de France, y penses-tu ? Notamment dans la perspective des Jeux de Tokyo, dont le report d’un an peut te relancer ?
Le report remet un peu les cartes sur la table. Maintenant, je n’ai pas participé à la qualification olympique, je n’étais pas prévu pour les Jeux, j’avais mis ça de côté. Et franchement, quand Laurent ne m’a pas pris pour l’Euro 2019 après la VNL l’an dernier, je pensais que l’équipe de France, c’était fini et que j’avais fait mon temps. Maintenant, je me dis que des centraux titulaires dans des bons clubs, on n’est pas 50 000 en France, mais je préfère ne pas me mettre des objectifs trop gros là-dessus, parce qu’on peut vite être déçu. Et je me dis finalement que le fait de ne pas avoir été pris pour l’Euro m’a permis de signer à Vérone et de tout changer. Je relativise un peu, mais c’est sûr que si je suis appelé, je reviendrai avec grand plaisir.

En as-tu fini avec toutes les blessures qui ont un peu gâché tes saisons précédentes ?
Oui, pour l’instant tout va bien, je touche du bois. L’avantage d’être dans un club de SuperLega, c’est qu’ils ont les moyens pour nous tenir en forme, je suis très bien suivi, ils savent bien que ça a été délicat pour moi ces dernières années, ils essaient de trouver les meilleures solutions pour adapter le rythme d’entraînement, je progresse moi-même beaucoup dans ce domaine.

On peut donc s’attendre à voir le meilleur Jonas Aguenier de sa carrière cette saison ?
(Rires). J’espère ! On dit souvent que les centraux sont à leur meilleur niveau entre 28 et 32 ans, donc, j’aimerais bien. Il faut pour cela que je prenne bien soin de mon physique, mais je reste positif, tout a l’air d’aller.