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(Miniature) L’interview bleue : Laurent Tillie
Photo : Instagram Panasonic Panthers
11/12/2020
L’interview bleue : Laurent Tillie
Après une saison internationale blanche, Laurent Tillie s’est envolé fin septembre pour le Japon afin de prendre en main l’équipe des Panasonic Panthers d’Osaka, actuellement troisième de la V.League, le championnat nippon. Le sélectionneur, qui retrouvera les Bleus fin avril 2021, se montre enthousiaste…
Peux-tu nous raconter tes débuts à Osaka ?
Ça a d’abord été long d’obtenir un visa, comme tous les étrangers qui voulaient aller au Japon ; après, le plus dur à vivre a été les quinze jours de quarantaine pendant lesquels je suis resté scotché chez moi, sans avoir le droit de sortir, je faisais les entraînements à distance alors que j’étais à 500 mètres de la salle ! Du coup, quand je suis arrivé, on a eu le temps de jouer un match amical et on a commencé le championnat direct, sans que je connaisse vraiment les joueurs et le championnat, je marchais sur des œufs. Mais franchement, c’est super, la qualité de vie est extraordinaire, je suis heureux tous les jours de découvrir ce pays, cette culture, ce respect, et à l’entraînement, c’est pareil : il y a vraiment un super état d’esprit et un professionnalisme au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. Les conditions de travail, la salle d’entraînement - avec trois terrains, de la vidéo, des machines - le matériel, les transferts… tout est fait pour le bien-être des joueurs et du staff, c’est assez incroyable. C’est vraiment une belle aventure pour le moment.

Comment se sont passés les premiers contacts avec les joueurs ?
Je les connaissais quand même parce que pendant trois mois et demi, comme on n’avait pas eu l’équipe de France l’été dernier, je regardais tous les entraînements en différé, je contrôlais à distance. Mais c’était assez compliqué de faire du coaching virtuel par Zoom dans une langue, avec des joueurs et une culture, que je ne connaissais pas ! Je pense qu’il n’y a qu’au Japon que ça peut fonctionner, parce qu’ils sont très respectueux de ce que tu leur demandes. Donc, je ne les ai pas découverts en arrivant, après, quand tu es en direct, tu gères en plus tout ce qui est aspect psychologique, communication et type de jeu.

Parle-nous du type de jeu...
Le jeu ici est complètement différent du volley que j’ai l’habitude de voir au niveau international. C’est un jeu extraordinaire, tu te régales tous les matchs : il y a un très bon niveau technique, mais aussi une fraîcheur et une richesse qu’on a perdues. Le volley aujourd’hui est devenu hyper efficace, simple, ici, c’est du plaisir de jouer avant tout, il y a des combinaisons, des styles d’attaque qu’on faisait quand je jouais il y a trente ans, des phases de jeu extraordinaires en défense, ils sont capables d’aller chercher des ballons dans tous les sens. Et il y a une certaine homogénéité dans le championnat. Dans chaque équipe, il y a toujours un étranger qui est en général physiquement au-dessus du lot, ce sont souvent des pointus qui font 2,05-2,10 mètres et qui cognent : Kurek (Pologne), Edgar (Australie), Muserskiy (Russie), Padar (Hongrie)… Nous, comme j’ai deux pointus japonais qui ont été ou sont dans l’équipe nationale, on a le Polonais, Kubiak, qui est assez atypique, c’est le seul réceptionneur/attaquant étranger avec Fonteles (Lipe) le Brésilien. Il nous apporte une grosse force de frappe à l’aile, sa qualité de réception et sa niaque.

"L'objectif ? Gagner un titre"

Vous jouez plusieurs compétitions ?

Il devait y avoir une Coupe d’Asie l’été dernier qui a été annulée à cause du Covid. Là, on fait le championnat, à raison de deux matchs par week-end contre la même équipe, ce qui n’est pas évident. Et ce week-end, on joue la Coupe de l’Empereur à Tokyo, qui est la deuxième compétition la plus importante. Il y a donc beaucoup d’enjeu et on a un tirage au sort très difficile : on affronte d’abord une équipe de lycée (université) au premier tour (victoire 3-0 vendredi) ; si on gagne, on joue le lendemain les premiers du championnat, Wolfdogs Nagoya, l’équipe de Kurek.
 Et derrière si on passe, il y a encore un match avant la finale la semaine suivante, on a le tableau le plus dur !  

Quel est l’objectif du club cette saison ?

Il y a deux ans, le club était champion, donc l'objectif, c’est de retrouver un titre, la Coupe de l’Empereur ou le championnat, Panasonic fait partie des équipes favorites, sachant qu’il y a quand même une année de découverte pour moi. Après, l’autre objectif est de travailler sur des jeunes pour leur permettre de se développer, c’est ça qui est aussi intéressant.

Quelles sont les restrictions sanitaires au Japon ?
On a du public sur les matchs, la capacité de chaque salle est divisée par deux. On ne fait pas tant de tests que ça, une fois par mois, par contre, on a d’énormes règles au niveau de l’hygiène, des masques, on ne se déplace qu’en bus pour éviter de fréquenter les aéroports et les gares… Et ici, tout le monde porte le masque, si tu rentres dans un restaurant, tu te laves les mains, tu mets des gants, il y a une grande attention à tout ça.

Comment cela se passe-t-il au niveau de la communication ?
J'ai une interprète qui fait un travail énorme puisqu'elle sert aussi d’interprète pour Kubiak et pour mon adjoint Vincent Pichette, avec lequel j’avais envie de retravailler sur ce projet (le Canadien l'avait accompagné en équipe de France pendant deux saisons en 2017 et 2018).
 Donc elle court beaucoup, elle est là à tous les entraînements, elle fait tous les déplacements, dès que j’ai besoin d’elle, elle est là pour traduire. Ce qui est bien, c’est que c’est une Américano-Japonaise qui a la double culture et est elle-même joueuse de volley-ball, donc elle connaît les termes de volley. Et ce qui est sympa, c’est qu’elle était dans l’université américaine de mon fils Kevin, à Irvine !  Sinon, dans mon staff, j’ai des Japonais qui sont quasiment bilingues anglais et japonais, le préparateur physique et le scout, c'est forcément plus pratique pour échanger.

"C’est tellement dépaysant"

En dehors du volley, apprécies-tu la vie au Japon ? As-tu le temps d’en profiter un peu ?

Le premier mois, je n’ai eu aucune journée de repos. Même quand j’en donnais, les jeunes voulaient s’entraîner parce qu’ils n’avaient pas joué le week-end ! Donc on l'a fait parce qu’on avait envie de bien s’intégrer et de comprendre la culture locale. Mais à un moment, j’ai dit qu’il fallait quand même une journée de repos pour tout le monde, donc j’ai instauré ça. Et du coup, j’ai pu en profiter pour m’accorder trois journées extraordinaires, pendant la période d’automne.

Qu'as-tu visité ?
Je suis allé trois fois à Kyoto, au passage un petit clin d’œil à mon staff de l’équipe de France : j’ai revu les temples où nous avions été, mais avec les couleurs d’automne, c’était magnifique. Et d’autant plus que c'était presque désert. Quand j’ai montré mes photos à des Japonais, ils m’ont dit que j’avais eu de la chance parce que d’habitude, il y a beaucoup de touristes chinois et européens. Après, je suis allé sur un lieu mythique ici qui s’appelle Nara, une colline avec que des temples dont un temple bouddhiste avec un Bouddha de 15 mètres de haut, des biches en liberté, des couleurs superbes… Je commence aussi à connaître Osaka et le week-end dernier, on a joué à Hiroshima, je n’ai pas eu le temps de visiter, mais on était dans un cadre extraordinaire dans la baie. C’est tellement dépaysant…

Es-tu bien installé ?
Oui, j’ai la chance d’avoir un superbe appartement, à cinq minutes à vélo de la station de métro qui mène au centre ville d'Osaka et de la salle d’entraînement, c’est très silencieux, parce qu’il n’y a pratiquement que des voitures électriques. Quand tu fais du vélo, tu passes dans des forêts de bambous en pleine ville, il y a plein de petites maisons avec des jardins japonais, des appartements avec des bonzaïs sur les balcons, des petites boutiques de sushis et de boissons, des temples shintoïstes, c’est vraiment paisible. Et un truc incroyable : en bas de chez moi, j’ai une boulangerie japonaise qui fait la baguette comme en France ! Je suis enchanté. Je regrette juste de ne pas apprendre assez vite le japonais, j’essaie de lire les hiraganas, de retenir les mots, mais il faudrait que j’aie le temps d’avoir un professeur pour m’y mettre.

Parle-t-on beaucoup des Jeux Olympiques au Japon ?
Oui, surtout chez nous, parce que Panasonic est un partenaire « gold » du CIO. Il y a trois semaines, avant que le président du CIO vienne au Japon, ils nous ont dit que les Jeux auraient lieu, donc je suis confiant, je pense que ce sera le cas.

Parlons justement de l’équipe de France : as-tu le temps de suivre tes joueurs ?
Je vois quelques matchs, je regarde les statistiques, et j’ai un relais en France avec Arnaud Josserand et Pascal Foussard, on se tient au courant sur les performances des joueurs, entre ceux qui marchent bien et ceux pour lesquels c’est un peu plus compliqué. C’est un peu comme d’habitude en fait, sauf que je ne peux pas les voir en direct ; mais même si j’étais resté sur place, ça aurait été compliqué d’aller les voir avec toutes les difficultés pour se déplacer. On se retrouvera fin avril, puisque je rentrerai dès la fin du championnat ici. On travaille actuellement sur le programme avec le staff, sachant que tout est encore un peu en attente.