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09/07/2020
L’Interview bleue : Jean Patry
Après une saison réussie sous les couleurs de Cisterna di Latina, Jean Patry s’est engagé pour deux ans à Milan, toujours en Serie A1, où il aura la lourde responsabilité de succéder au Néerlandais Nimir Abdel-Aziz à la pointe de l’équipe dirigée par Roberto Piazza. L’occasion d’échanger avec le Montpelliérain de 23 ans.
Pourquoi as-tu choisi Milan ?
J’ai eu d’autres propositions, en Italie et dans d’autres championnats, mais la proposition de Milan était pour moi la meilleure en termes de projet, parce que je cherchais à faire un petit « step » supplémentaire en A1 par rapport à Latina. J’aurais pu rester, parce que le club a un peu plus de budget et a fait une belle équipe pour la saison prochaine, mais j’ai préféré opter pour Milan qui est un des très bons clubs italiens et qui a l’habitude de jouer les premiers rôles. Ils ont terminé cinquièmes cette année, même si c’était une saison particulière, ils sont à chaque fois en playoffs. C’est un club qui m’intéressait depuis que j’étais arrivé en Italie, avec un très bon entraîneur, une équipe qui a l’air de très bien s’entendre, même si elle a été un peu modifiée, l’ambiance de travail semble bonne.

Ce transfert récompense une première saison réussie en Italie, qu’en penses-tu ?
C’est vrai que personnellement, je suis plutôt satisfait de ce que j’ai fait tout au long de la saison. J’ai été assez régulier, je termine assez bien classé dans les marqueurs (troisième derrière Nimir Abdel-Aziz et Stephen Boyer), c’était un petit objectif. Collectivement, c’était un peu plus compliqué, parce qu’on jouait les derniers rôles, on se battait pour le maintien, mais ça a été une saison enrichissante pour ça : le moindre set pris, le moindre petit point étaient hyper importants dans la perspective du maintien, ça m’a permis de m’endurcir un peu, de prendre plus d’expérience, j’ai beaucoup appris cette saison. Donc le bilan est plutôt positif, surtout si on rajoute les qualifications aux JO, je suis assez content.

Ton statut a-t-il changé depuis ce TQO de Berlin, dont tu as été élu MVP ?
Je ne sais pas si le regard des gens a changé, certains me disent qu’ils sont admiratifs de ce que j’ai pu faire sur ce tournoi, maintenant, je ne considère pas que j’ai changé de statut. Dans le sport de haut niveau, on doit toujours se remettre en question, on ne peut jamais se reposer sur ce qui a été fait, il faut toujours penser à la suite, il y a toujours besoin de prouver à chaque match qu’on est bon et qu’on mérite sa place. Donc il ne faut pas que je pense à cette histoire de statut, le plus important est d’être toujours bon au match d’après.

A Milan, tu succèdes à Nimir Abdel-Aziz , le meilleur marqueur du championnat italien, est-ce une lourde responsabilité ?
Oui, c’est une très lourde responsabilité, mais c’est aussi une chance, parce que si on fait appel à moi pour lui succéder, c’est que j’ai aussi des qualités. Maintenant, je ne me mets pas plus la pression que ça, je ne vais pas copier du Nimir, je vais essayer de faire ce que je sais faire et ce pourquoi on m’a pris, j’ai déjà été rassuré sur ce point par le président, le manager, qui m’ont dit qu’ils n’attendaient pas de moi que je marque 40 points par match et que je porte l’équipe à moi tout seul. Maintenant, ce n’est pas parce qu’ils m’ont rassuré que moi, de mon côté, je vais me contenter du minimum, si je peux faire 40 points par match, je le ferai !

A quoi ressemblera cette équipe de Milan la saison prochaine ?
C’est une équipe qui sera très jeune, je pense que c’est bien pour la cohésion, elle est à moitié renouvelée, puisque les deux centraux (Jan Kozamernik et Matteo Piano), le passeur (Riccardo Sbertoli) et le libéro (Nicola Pesaresi) étaient là l’an dernier, les changements concernent le pointu et les réceptionneurs (le Canadien Stephan Maar et le Japonais Yuki Ishikawa se sont engagés pour remplacer Trévor Clevenot et Nemanja Petric). Je pense que l’équipe a un bon potentiel, on va voir comment ça va se passer.

A-t-elle les moyens de se mêler au Top 4 qui domine le championnat italien ces dernières saisons (Modène, Pérouse, Trentino et la Lube Civitanova) ?
Oui, c’est l’objectif, je pense que nous avons un peu plus d’arguments que d’autres, même si on n’est jamais à l’abri d’avoir une belle équipe sur le papier et qu’au final, ça ne prenne pas. On fera tout pour que ça prenne et notre objectif sera en effet de se rapprocher au maximum de ces quatre équipes. Personnellement, j’y crois, sinon, je n’aurais pas adhéré au projet. Mais il faudra aussi faire attention aux autres équipes, parce que le coronavirus a un peu redistribué les cartes dans le championnat italien qui a été chamboulé, certaines équipes se sont plus renforcées que prévu, d’autres peut-être moins, ça risque d’être assez ouvert, il peut y avoir des surprises.

Quel est ton programme de reprise ?
Je suis arrivé dimanche soir à Milan. Lundi, on a fait toute une batterie de tests par rapport au Covid, analyses de sang, radio du poumon, j’ai aussi fait le test Covid obligatoire mardi matin, comme il est négatif, je suis parti rejoindre les quelques joueurs déjà à Cuneo pour un stage de deux semaines. Ça va sans doute être assez compliqué de retrouver un bon niveau, vu la longue période pendant laquelle nous avons été arrêtés.

Comment s’est passée cette période pour toi ?
Je suis rentré assez vite en France, c’était un choix personnel, parce que cela faisait déjà dix jours que nous étions confinés en Italie et que dans mon appartement, c’était dur à vivre, je n’avais pas envie de traverser cette période seul, loin de ma famille. Donc je suis rentré à Montpellier, avec bien sûr l’accord du club, le lendemain du premier jour du confinement en France, ça m’a permis de vivre cette période un peu plus sereinement, entouré de mes proches, et dans une maison.

As-tu réussi à t’entretenir ?
Oui, beaucoup au début, tous les jours, parce qu’on ne savait pas si on allait reprendre ou pas. Après, au fur et à mesure, ça devenait un peu plus compliqué de garder la motivation, surtout qu’on a appris que le championnat n’allait pas repartir, donc ça a été un peu moins régulier. Mais depuis un mois et demi, on avait repris la musculation avec deux séances par semaine du côté du CREPS avec Olivier Maurelli, le préparateur physique de l’équipe de France, et quelques joueurs de l'équipe de France, Nico Le Goff, Ju Lyneel et Ben Toniutti. Donc physiquement, je m’en sors pas mal, par contre techniquement, je m’attends à ce que ça soit très compliqué, parce que je n’ai pas touché un ballon depuis trois mois et demi, mais c’est le cas de tout le monde.

Finissons justement par l’équipe de France : comment as-tu vécu le report des Jeux de Tokyo, toi qui étais dans une très bonne dynamique après le TQO ?
Il y a forcément eu de la frustration, parce qu’on avait arraché notre qualif, on avait vraiment l’enthousiasme de jouer ces Jeux cet été, et c’est sûr qu’individuellement, je me dis qu’il va falloir encore être au top cette saison pour espérer y aller, parce que je sais qu’il y a de la concurrence. Maintenant, ce n’est que partie remise, j’espère juste que ces Jeux se tiendront bien, parce que tout ce qu’on entend aujourd’hui n’est pas toujours très rassurant, ce serait vraiment dommage qu’ils n’aient pas lieu, mais je continue d’espérer.