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11/05/2020
L’interview bleue : Lucille Gicquel
Après deux saisons réussies sous les couleurs de Nantes, Lucille Gicquel vient de s’engager avec Conegliano, le club champion d’Italie en 2019 et qui était large leader de la saison 2019/2020 au moment où celle-ci s'est interrompue. La jeune pointue de l’équipe de France (22 ans) s’explique pour L’Interview bleue de la semaine.
Avant de parler de ton transfert, revenons sur cette fin de saison tronquée à cause du Covid-19, on imagine que ce n’est pas comme ça que tu aurais voulu achever ton aventure avec Nantes ?
C’est clair que c’est très frustrant, parce que je pense que nous avions les moyens d’aller chercher la finale de Ligue A, voire le titre. Donc c’est triste de finir la saison comme ça, surtout qu’avec toutes les filles, on s’entendait super bien et que tout le monde est rentré chez soi très vite, nous n’avons même pas eu le temps de nous dire au revoir. Il y a aussi le fait qu’on a commencé le confinement en ne sachant pas si ça allait reprendre ou pas, il a fallu essayer de garder le rythme au début, ce n’était pas facile à gérer.

As-tu le sentiment que l’équipe avait encore progressé par rapport à la saison précédénte et était plus armée pour aller chercher le titre ?
Oui, je pense vraiment qu’on avait moyen de faire quelque chose. Nous avons joué plus en confiance que la saison d’avant. Il y a un an, c’était un peu une surprise que nous fassions une aussi belle saison, cette année, on avait un groupe plus armé, nous étions très motivées et nous avions toutes conscience que nous étions capables d’aller au moins en finale. C’est dommage de ne pas avoir pu aller au bout.

Que gardes-tu de votre parcours en Ligue des champions ?
Nous sommes très contentes dans l’ensemble, même si nous avons quelques regrets sur le match retour contre Alba Blaj (défaite 3-1) qui avait été un peu décevant, nous n’avions pas joué à notre meilleur niveau, il y avait moyen de faire mieux, même si de leur côté, elles avaient été meilleures qu’à l’aller. Mais pour le reste, on fait une très belle entrée dans la compétition et pour une première expérience pour le club, on a fait de belles choses.

As-tu continué à t’entraîner pendant la période de confinement ?
Oui, j’ai continué le sport, à raison d’une séance par jour sauf le dimanche. Déjà parce que ça permettait de faire passer les journées plus rapidement, ensuite parce que j’ai le sport dans le sang, j’ai du mal à m’arrêter. Dans l’ensemble, cette période s’est très bien passée, j’ai eu la chance d’être chez mes parents, à Rennes, donc je n’étais pas toute seule, la maison est assez grande, j’avais le jardin, et comme il a fait assez beau, j’ai pu en profiter. Et j’ai fait des petites activités que je n’ai pas le temps de faire d’habitude, j’ai beaucoup cuisiné en testant de nouvelles recettes, j’ai joué à des jeux de société, j’ai pris des cours d’anglais pour me perfectionner, donc c’était sympa.

Cette pause t’a-t-elle permis de souffler un peu ?
Oui, les deux-trois premières semaines, ça faisait du bien de se vider la tête un peu et de penser un peu à autre chose, même si on ne savait pas encore si le Championnat allait reprendre ou pas.
 Et j’ai pu profiter de mes parents pendant une longue période, ce qui n’avait pas été le cas depuis bien longtemps.

"Une opportunité de dingue"

Parlons maintenant de ce transfert, peux-tu nous expliquer comment se sont noués les contacts avec Conegliano ?
Je pense que ça a commencé au match retour de Ligue des champions chez elles (le 18 février). Après la rencontre, mon agent m’a dit que le coach (Daniele Santarelli) lui avait parlé de moi. Au début, je me disais « Waouh ! Un truc de fou ! Comment c’est possible ? ». Après, je n’ai pas trop eu de nouvelles, donc je me suis dit qu’il avait dit ça comme ça, sans que ce soit quelque chose de vraiment sérieux, et finalement, j’en ai eu une semaine après le début du confinement, avec une première proposition. On a donc commencé à discuter vraiment à ce moment-là.

As-tu tout de suite été séduite par l’idée ?
Pas tout de suite, parce qu’au tout début, quand j’ai eu ce premier écho comme quoi ils étaient intéressés par moi, en février, je me suis dit que c'était un truc de fou, mais que ça voulait dire que je serais deuxième pointue (la pointue titulaire est l’internationale italienne Paola Egonu, une des meilleures joueuses du monde) donc que j'aurais moins de temps de jeu, sachant que j’avais d’autres propositions, à Nantes ou à l’étranger, pour être titulaire. Mais en discutant plus sérieusement avec eux, j’ai plus réfléchi au projet et quand j’ai vu avec qui j’aurais l’opportunité de jouer, que des joueuses super fortes du meilleur niveau mondial, je me suis dit que ça serait quand même dommage de passer à côté d’une opportunité comme ça, ça donnait vraiment envie.

Justement, tu arrives comme deuxième pointue, penses-tu que tu auras quand même du temps de jeu ?
J’ai eu le coach au téléphone, ce qui m’a permis de lui poser des questions et donc d’éclaircir les choses, il m’a dit qu’avec le nombre de matchs que l’équipe allait avoir, entre le Championnat, la Ligue des champions, la Coupe, le Championnat du monde des clubs, il allait devoir faire tourner. J’ai aussi vu que la deuxième pointue la saison dernière avait joué 12 matchs en tout, donc j’espère en jouer entre 10 et 15. Et à côté de ça, je vais m’entraîner avec des joueuses extraordinaires. Ça va être très impressionnant de se retrouver dans un tel groupe. Au début, je me demandais si j’allais être capable de m’intégrer, mais plus ça va, plus je me dis que je vais vraiment en faire partie et qu’il va falloir que j’y arrive. C’est quand même une opportunité dingue.

Tu sors de deux saisons pleines avec Nantes, y as-tu trouvé ce que tu venais chercher ?
Oui, complètement. A la base, je suis venue chercher du temps de jeu, j’en ai eu beaucoup, même plus eu que j’aurais imaginé, parce que je suis quand même devenue une joueuse importante dans l’équipe. Je n’aurais pas forcément pensé que ça arriverait dès ma première année, donc c’était déjà une grosse satisfaction. Et sur la deuxième année, l’objectif était de jouer une coupe d’Europe, on a disputé la Ligue des champions, ce qui m’a aussi permis d’avoir plus de visibilité. Donc l’objectif a été totalement accompli.

As-tu demandé son avis à ton entraîneur, Cyril Ong, au moment de dire oui à Conegliano ?
Oui, il était super content pour moi, il m’a dit d’y aller parce que c’était une super opportunité.

"Avec l'équipe de France, on est capables de faire mieux"

Et à Emile Rousseaux, le sélectionneur de l’équipe de France ?
Oui, je l’ai appelée pour savoir ce qu’il en pensait. Il m’a aussi dit que c’était une très belle opportunité, que c’était à moi de voir si je voulais la saisir quitte à moins jouer ou choisir une autre option en jouant plus, il m’a donné le pour ou le contre de chaque proposition, c’était très intéressant d’avoir son avis.

Toi en Italie la saison prochaine, Juliette (Fidon) et Julie (Oliveira Souza) titulaires cette saison en Pologne, davantage de joueuses de l’équipe de France se retrouvent dans ces gros championnats, est-ce le début d’une tendance ?
Oui, ça commence à bouger un peu plus, c’est bien qu’à l’étranger, les gens prennent conscience qu’il y a aussi de bonnes joueuses françaises ; jusqu’ici, ils n’avaient pas trop tendance à regarder la France, parce qu’il faut être honnête, on n’a pas beaucoup de résultats. Mais le fait que Julie et Juliette soient parties en Pologne et aient joué a sans doute incité certains à regarder quelles joueuses il y avait en France, j’espère qu’au fur et à mesure, ça va bouger encore plus. Malheureusement, le coronavirus a un peu restreint les choix de certaines qui voulaient partir cette saison, mais je pense que dans les années à venir, de plus en plus de filles vont partir à l’étranger.

Quelles sont les nouvelles justement du côté de l’équipe de France ?
Pour l’instant, on a comme consignes de continuer à s’entretenir tous les jours et de garder le rythme, les qualifications pour l’Euro ne sont pas encore annulées (prévues en août-septembre, elles pourraient être reportées), donc on attend de voir si on va faire des stages.

L’objectif sera de disputer un deuxième Championnat d’Europe consécutif, que gardes-tu de celui de l’année dernière en Turquie ?
C’était une belle première expérience pour se rendre vraiment compte de l’ambiance, du niveau et du chemin à faire pour arriver à rivaliser avec des grosses équipes européennes. Maintenant, à nous de travailler en conséquence pour former un groupe stable et de niveau supérieur, si, bien sûr, on arrive à se qualifier, ce qui est le premier objectif. Je pense qu’on est capables de faire mieux, mais on a encore besoin de plus d’expérience et de confiance pour aller chercher plus de victoires la prochaine fois.

Es-tu impatiente de rejouer au volley ?
Oui, très impatiente de reprendre ! C’est difficile de s’entretenir tous les jours sans toucher le ballon, sans s’entraîner avec ses coéquipières, faire ce qu’on aime quoi !