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10/09/2019
Laurent Tillie : « Pour l’équipe de France, c’est le moment juste »
L’équipe de France entame son EuroVolley 2019 jeudi à la Sud de France Arena de Montpellier par son premier match de la poule A face à la Roumanie. Le sélectionneur Laurent Tillie évoque le grand objectif de la saison.
Vous avez disputé et gagné samedi à Paris votre dernier match de préparation à l’EuroVolley contre l'Allemagne (3-2), le contenu vous a-t-il satisfait ?
Oui, ce qui était important, c'était l'attitude, la combativité, l'esprit guerrier que nous avons eu dès le début face à une très bonne équipe d'Allemagne, qui, pour moi, fera vraiment partie des favoris du Championnat d'Europe, avec une pression constante au service et au bloc. Là, nous avons réussi à ajuster notre jeu et à faire preuve d'un bon état d'esprit. L'idée était de monter en puissance dans notre préparation, c’était donc bien de jouer le vice-champion d’Europe en titre juste avant le Championnat d’Europe.

Place désormais au Championnat d’Europe en France (également en Belgique, aux Pays-Bas et en Slovénie), qui n’a plus accueilli de grande compétition depuis le Championnat du monde 1986, l’attente a été trop longue ?
Pour les anciens volleyeurs, c’était une trop longue attente, je pense que la génération 2002-2003, les Antigua, Henno, de Kergret et autres, aurait mérité de disputer une compétition en France, ça me semblerait important pour notre sport d’organiser une compétition tous les 10-15 ans. C’est vrai que 33 ans, ça fait long, mais pour cette équipe, c’est le moment juste. Elle s’est construite au fur et à mesure des compétitions, en réussissant mais en prenant aussi des coups, je trouve que ça donne du sens à tous les sacrifices qu’on a faits depuis sept ans et je pense que cette équipe est mûre pour cette compétition à domicile, cet EuroVolley à la maison répond à une certaine logique.

Quelle peut être la portée de cette organisation en France ?

C’est important pour le volley français, parce qu’à partir du moment où on organise une compétition, il y a beaucoup plus d’intérêt, de visibilité, c’est une façon de faire connaître et de promouvoir notre sport, de montrer qu’il y a d’autres sports collectifs en France.
 C’est important aussi de montrer qu’on n’est pas qu’une équipe qui fait des résultats, mais qu’il y a un mouvement derrière avec une fédération qui prend des risques. Et ça redonne un peu de fierté aux volleyeurs, anciens ou moins anciens, donc pour moi, c’était le bon moment. Et il y a aussi les Jeux Olympiques 2024 en ligne de mire, ce Championnat d’Europe est une rampe de lancement vers les Jeux, ça donne du sens pour attirer des jeunes vers notre sport et développer la formation. C’était aussi important de jouer la VNL l’année dernière chez nous, parce que c’était la première phase finale de notre équipe à domicile, avec un peu de pression, des médias, du public.

Cette VNL vous a-t-elle préparé à ce qui vous attend sur cet Euro ?
Oui, je l’ai pris comme ça. C’est pour ça que l’année dernière, la VNL était vraiment un objectif. On avait besoin de jouer devant notre public, de sentir la pression. Et ça a été un très bel événement, tant au niveau de l’engouement que des résultats. On a certes été battus par la Russie 3-0 en finale, mais auparavant, on a battu le Brésil 3-2, les Serbes puis les Américains 3-2 en demi-finales de justesse.

Qu’est que ça change de jouer à domicile ?
Dans le cas de l’année dernière à Lille, on avait eu un public extraordinaire qui nous avait soutenus et poussés, ça avait été un réel avantage. Sinon, ce qui change, c’est le regard que les gens portent sur vous. On a toujours un peu peur d’être jugés quand on joue devant son public, on sent la pression du regard et ça met une pression supplémentaire. Donc il faut arriver à faire abstraction des médias, des amis, de la famille, pour rester concentré sur le sportif.

Avez-vous conscience que l’enjeu de cette compétition est important pour faire passer un cap au volley français ?
Oui, parce qu’on en a parlé entre nous, je leur ai d’ailleurs présenté ce Championnat d’Europe comme un événement encore plus exceptionnel que les Jeux Olympiques. C’est tous les 33 ans qu’on organise un événement chez nous ! C’est important pour la Fédération, qui a énormément investi dans l’organisation, nous prenons aussi un risque d’image si nous ne réussissons pas, mais la meilleure chose de gérer ces à-côtés, c’est de rester concentrés sur notre tâche. C’est comme en aviron avec un huit sans barreur : la meilleure façon d’aider son coéquipier s’il rame moins bien, c’est que les sept autres continuent à faire leur travail et que le gars tout seul revienne dans le rythme. Nous, la meilleure façon d’aider le volley et la fédération, c’est de faire le meilleur parcours possible, donc d’aller au moins en demi-finales.

"Quand on organise, on vise le podium"

Vous faisiez partie de l’équipe de France qui a participé au Championnat du monde de 1986, quel souvenir en gardez-vous ?
J’en ai justement parlé la semaine dernière aux joueurs. Pour nous, cette aventure a été extraordinaire : nous étions complètement amateurs et nous avions décidé pendant 18 mois d’arrêter de travailler et de sortir de nos clubs pour préparer ce Championnat du monde. On avait suivi le modèle américain et la fédération avait été suffisamment forte pour nous accueillir et nous entraîner deux fois par jour. Cela avait été un tournant, parce qu’à partir de là, le volley est devenu promotionnel puis professionnel. Nous avons donné des idées à plein d’autres équipes dans le monde du volley, voire dans d’autres sports, c’était tellement innovant que toute la presse sportive nous suivait, il y avait des articles de volley dans Le Monde, dans Le Figaro, les télés nous suivaient, c’était extraordinaire. Encore aujourd’hui, les gens qui me croisent me parlent plus de 1986 que de maintenant. L’aventure avait été très dure mais humainement très forte, toute cette génération 1986, on a gardé des liens très forts. Par contre, le résultat sportif (6e place) avait fait mal, je pense que nous n’étions pas prêts au combat, à l’agressivité, à la méchanceté.

Sentez-vous justement que vos joueurs sont prêts à ce combat  sur cet EuroVolley 2019?
Je pense, oui. Certains l’ont naturellement, cette agressivité, d’autres un peu moins, mais il faut que ce soit collectif. Sans agressivité, on ne gagne pas, c’est quelque chose qui vient du fond du ventre et donne encore plus de détermination, d’imprévisibilité, de solidarité. Maintenant, depuis la fin du Championnat du monde l’an dernier, cet EuroVolley est devenu l’objectif pour les joueurs. On voit ce qui se passe dans les autres sports en France, l’engouement pour le hand, le basket, le tennis, le foot, on se dit que ce serait sympa de vivre la même chose.

Tous ces sports ont en effet eu des compétitions majeures en France, qui ont en général souri aux équipes de France, cela rajoute-t-il de la pression pour vous, volleyeurs ?
Oui, parce que quand on organise, on vise un podium. Et là, on sait qu’il n’y a que des matchs couperets dès les 8e de finale, en sachant qu’on peut tomber contre des grosses équipes dès les 8e, comme la Russie ou l’Italie. Pour aller là-haut, il va falloir faire deux-trois gros matchs minimum, ça met de la pression, mais ça fait partie du jeu.

Comment avez-vous vécu l’échec du Tounoi de qualification olympique il y a un mois à Gdansk ?
J’ai préféré perdre un bon 3-0 que 3-2 avec un 19-17 au tie-break, là, je crois que ça aurait été difficile. On est tombés contre une tellement bonne équipe de Pologne et nous, on a été tellement mauvais qu’on s’est bien remis en question et qu’on a de suite basculé dans le Championnat d’Europe. Mais c’est vrai que ça fait mal, parce qu’on a eu l’impression de ne pas avoir su jouer à notre niveau, c’était frustrant. Il y a eu de la nervosité, une absence totale sur certains postes, on n’a pas réussi à s’exprimer. On aurait sans doute perdu ce match neuf fois sur dix, mais dans la combativité, la ténacité, on a été dominés. On a donc beaucoup parlé depuis pour essayer de comprendre et on a travaillé les automatismes collectifs pour essayer d’être performants en équipe, et non pas individuellement. Dans le sport, la clé de la réussite, c’est "ici et maintenant" : normalement, un sportif de haut niveau doit switcher rapidement, il faut effacer les regrets, rester dans le présent et penser à ce qu’on doit faire sur le terrain pour l’équipe. Aujourd’hui, on ne pense qu’à France-Roumanie et on a envie que ça commence.

Quels sont selon vous les favoris de cet EuroVolley ?
Je pense que la Pologne, vu comment elle a joué et en plus renforcée par l’arrivée de Leon, fait franchement partie des favoris. Il y a aussi les Russes, l’Italie, qui est dans un certain confort parce qu’elle aussi qualifiée pour les Jeux Olympiques. Après, je vois aussi la Serbie, l’Allemagne et la France, ça va se jouer entre ces équipes.