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10/09/2018
Laurent Tillie : « On a basculé dans les objectifs hauts »
L'équipe de France est arrivée dimanche à Ruse où elle disputera à partir de mercredi son premier tour du Championnat du monde en Bulgarie et en Italie. Avant de s'envoler pour la Bulgarie, le sélectionneur Laurent Tillie a évoqué la compétition sur laquelle l'équipe de France vise un podium, quatre ans après sa quatrième place en Pologne.
Quel est l’état des troupes au moment d’aborder le Championnat du monde ?
Nous finissons la préparation en faisant du jus, du gaz comme on dit, avec des entraînements un peu plus courts, un travail mixte de musculation et de volley. Nous essayons d’aller à l’essentiel, d’être vraiment précis et surtout de mettre beaucoup de concentration. Aujourd'hui, les joueurs sont au niveau où on les attendait.

La blessure aux abdominaux d’Earvin Ngapeth a-t-elle perturbé le groupe ?
C’est forcément perturbant quand le meilleur joueur de l’équipe et un des meilleurs joueurs du monde se blesse. On y pense quand même, mais quand on est dans le haut niveau et qu’on veut faire des bons résultats, on essaie de s’adapter à toutes les situations. D’abord, on essaie de le récupérer (le n°9 des Bleus a repris l’entraînement en fin de semaine dernière) et c’est aux autres de prendre la place et d’être présents.

Il y a quatre ans, vous obteniez en Pologne le premier gros résultat de cette équipe de France (quatrième place) depuis que vous l’aviez prise en mains en 2012, si vous vous retournez sur ces quatre ans, que voyez-vous ?
Pratiquement que du bonheur, à part les Jeux Olympiques qui ont fait mal. Le Championnat d’Europe 2017 ne m’a pas marqué de la même manière, parce que c’était d’une telle logique dans le contexte de cette saison. Mais sinon, ce n’est que du bonheur et la satisfaction de toujours rebondir, de toujours croire qu’on va faire un résultat et de toujours viser un podium. Ce n’est pas facile, mais ça vaut le coup, parce que les joueurs se sont développés une propre identité, ils ont obtenu des résultats, ils s’exportent, sont l’image du volley-ball français à l’étranger, on prépare le Championnat d’Europe 2019 chez nous… On a basculé dans les hauts objectifs et ça, c’est extraordinaire pour un sport anonyme comme nous.

Vous n’êtes plus les mêmes aux yeux du monde…
Oui, les Ngapeth, Grebennikov, Toniutti, Tillie… ou les Boyer, Patry, Chinenyeze aujourd’hui, ce sont des têtes, des gueules, des stars, ils ont de très très bons contrats à l’étranger parce qu’ils le méritent et sont considérés comme les meilleurs joueurs du monde. Ça, c’est vraiment sympa et c’est vrai qu’en 2014, les gens se demandaient ce qu’on faisait là.

Sentez-vous ce respect quand vous allez à l’étranger ?
Oui, bien sûr. Il suffit de regarder la qualité des matchs amicaux que nous faisons : ça fait quatre ans consécutifs que nous sommes invités au Mémorial Wagner en Pologne, qui est un tournoi extraordinaire, et qui, avant, n’était réservé qu’aux champions du monde ou champions olympiques. Nous avons joué la Serbie le week-end dernier, quand je demande à Nikola Grbic (l'entraîneur serbe) de faire deux matchs avec eux, il me dit tout de suite : « Je viens ! ». Avant, c’était complètement différent, j’étais obligé de prier pour faire des matchs en République tchèque où j’avais gardé des contacts parce que j’avais été entraîner là-bas…

Pour revenir sur l’Euro 2017, considérez-vous que l’échec a été circonstanciel ?
En toute humilité, je dirais oui. Nous avons d’abord eu une décompression après les JO en ne sachant pas où on allait. Nous avons pourtant commencé la saison à des niveaux hallucinants en se qualifiant pour le Championnat du monde et en éliminant l’Allemagne, qui terminera deuxième à l’Euro, puis en gagnant la Ligue Mondiale en allant battre le Brésil chez lui. Et puis il y a eu un calendrier dément, avec quatre compétitions, qui ne nous a pas laissé le temps de décompresser, de recharger les batteries par du travail, et quand on travaille, on a toujours besoin d’un moment de surcompensation. Au moment où on a débuté l’Euro, au lieu d’être dans cet état de surcompensation, nous étions encore dans le creux de la vague. Donc nous avons eu un manque de temps de préparation, un abaissement de la concentration et de la motivation, mais aussi beaucoup de blessures : Kevin Tillie, trois opérations, Kevin Le Roux, problème de cartilage à la cheville, Earvin Ngapeth s’était blessé au dos au bout d’une semaine, les déchirures aux abdos de Nicolas Le Goff… ça faisait beaucoup. Donc, je pense que c’est circonstanciel, il y a sans doute eu également le manque d’expérience des jeunes qui étaient sur le terrain à ce moment-là.

Quels enseignements en avez-vous tirés au sein du staff pour la préparation de ce Championnat du monde ?
Nous savions que cette année, le calendrier serait plus favorable, donc nous avons pu prendre le temps de travailler, physiquement, techniquement et tactiquement. Nous avons aussi débriefé pendant l’intersaison, je suis allé voir les joueurs qui m’ont fait état d’une certaine lassitude, j’ai donc essayé de m’adapter à leurs desideratas, tout en gardant les obligations de terrain.

"Le feuilleton du mois de septembre"

Que pensez-vous de la formule de ce Championnat du monde, peu compréhensible pour le grand public ?
Pour résumer, c’est une formule Championnat que l’on doit aborder comme une Coupe, parce que tous les matches, tous les points marqués seront importants. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le volley n’est pas le foot et le rugby et que c’est compliqué de remplir les salles si le pays organisateur ne joue pas. Cette formule garantit aux organisateurs un certain nombre de matchs à domicile, donc elle permet de rentabiliser un peu l’événement pour ceux qui s’investissent dans l’organisation. C’est vrai que c’est une compétition très longue pour tout le monde, mais si on veut rester positif, on va dire que c’est le feuilleton du mois de septembre et à la fin, ça reste le meilleur qui arrive au bout, et si tu veux être le meilleur, il faut battre tout le monde.

Y a-t-il justement une équipe qui, avant ce Championnat du monde, vous semble au-dessus des autres ?
Je ne l’aurais pas dit avant, mais je pense que c’est la Russie, qui nous a impressionnés sur la VNL. On les a encore vus jouer récemment au Tournoi Wagner en Pologne, physiquement, ils sont impressionnants, et ils ont l’air d’avoir pris une nouvelle dimension psychologique. Avant, c’était une équipe qui ne jouait que sur la taille et la puissance, là, ils commencent aussi à jouer sur la défense, la qualité de la réception, donc pour le moment, la Russie est au-dessus. Après, je vois l’Italie, le Brésil, les Etats-Unis, la Pologne, la France et la Serbie, ça fait beaucoup de prétendants à peu près au même niveau. Et les Canadiens qui ne sont pas mal.

Avant de prétendre au podium, il faudra jouer le premier tour, pouvez-vous nous parler des adversaires que vous allez rencontrer ?
Nous commençons par la Chine, coachée par un entraîneur argentin qui a fait ses preuves, Raul Lozano, il a entraîné la Pologne vice-championne du monde, puis l’Allemagne et un peu en Italie. C’est une équipe à gros potentiel qui essaie de se structurer pour être efficace, avec deux-trois très bons joueurs, le pointu et deux centraux ; après, il y a le Brésil qu’on connaît, champion olympique, des joueurs exceptionnels, du volume, du gabarit... ils ont tout : la technique, la grinta, quelques blessés certes, mais aussi des joueurs qui reviennent comme Lipe ; ensuite, l’Egypte qui nous est un peu inconnue, nous avons vu des matchs amicaux, un ou deux potentiels, il faut encore qu’on les voit jouer, heureusement on les joue en troisième match ; la Hollande, qui est en train de rebâtir un programme sur une nouvelle génération avec de grands gabarits, je pense que c’est une équipe qui va progresser, elle a été invitée sur tous les continents en allant jouer au Brésil, contre l’Italie, en Allemagne… Et enfin le Canada qui, depuis quatre-cinq ans, développe une génération qui arrive à maturité avec le service et le bloc comme forces de frappe et un jeu un peu plus rapide aux ailes et au centre.