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23/08/2017
Toniutti : « Le titre dans un coin de la tête »
C'est vendredi que l'équipe de France débute l'Euro 2017 en Pologne par un match contre la Belgique à Katowice. Le passeur et capitaine, Benjamin Toniutti, évoque ce rendez-vous au cours duquel les Bleus vont tenter de conserver leur titre.
Même si elles sont désormais loin, qu’avez-vous fait de vos vacances au retour de Curitiba ?
J’en ai bien profité, j’ai fêté un peu le titre avec ma famille et mes amis, je me suis reposé à la maison, je suis allé à un concert de Coldplay, j’ai été au mariage d’un ami, ça m’a fait beaucoup de bien… La reprise fin juillet a été difficile, mais on s’est vite remis dedans et à partir du moment où on a été sur le tournoi Wagner (11-13 août à Cracovie), on s’est remis en mode compétition, et là, on a hâte de commencer.

Il y a deux ans, vous remportez l’Euro 2015 pour la première fois de l’histoire de l’équipe de France, quelles images en gardez-vous ?
Plusieurs : le match de poule en Italie contre l’Italie qu’on gagne après avoir été menés 2-0, ensuite il y a la demi-finale contre la Bulgarie, je ne sais pas où on va trouver la victoire : on joue mal, on est archi-dominés et on finit par gagner 3-2 dans une salle en folie. Après, la finale contre la Slovénie menée de bout en bout qui nous apporte un deuxième titre dans l’été, c’était magnifique, on était vraiment allés la chercher, cette médaille d’or.

Deux ans plus tard, fort de votre nouvelle victoire en Ligue Mondiale, estimez-vous avoir plus de marge ?

C’est dur à dire, parce qu’en 2015, une équipe comme la Bulgarie, il lui manquait Sokolov et il y avait des équipes peut-être moins fortes. Et sur cette saison, on ne peut pas se fier qu’à la Ligue Mondiale, parce qu’il y a des joueurs de certains pays qui manquaient. Là, les Russes ont rappelé tout le monde, je pense que les Bulgares vont monter par rapport à la Ligue Mondiale, les Polonais auront à cœur devant leur public de faire une grosse compétition, donc on n’a pas plus de marge que ça et il faudra jouer à notre meilleur niveau si on veut gagner.

Si je vous dis que vous êtes les favoris de cet Euro ?
Oui, on ne peut pas se cacher, on est parmi les favoris, voire le favori. Mais cela ne veut pas dire qu’on est l’équipe qui a le plus de pression. Je pense à trois nations qui en ont énormément : la Pologne, qui joue à domicile et n’a pas fait de médaille depuis 2014, la Bulgarie et la Russie qui n’ont pas fait de résultat depuis très longtemps. Nous, on a ce statut de favori, on va tout faire pour aller chercher une médaille.

En même temps, on a l’impression que la pression ne vous empêche pas de bien jouer et de gagner…
C’est vrai. En juillet, nous sommes arrivés avec pas mal de pression au Final Six à Curitiba, parce que nous n’avions perdu qu’un match pendant la phase de groupes, on avait vraiment bien joué, si bien que nous sommes arrivés avec cette étiquette de favoris, avec le Brésil, ça ne nous a pas desservis, puisque nous sommes allés chercher ce titre. La vraie pression cette saison était sur le tournoi de qualif (au Championnat du monde, fin mai à Lyon), parce que ça dictait l’année prochaine et que c’était impératif que le volley français soit représenté au Championnat du monde. On avait beaucoup de pression par rapport à ça, on jouait chez nous, on avait l’Allemagne dans notre poule qui avait rappelé tous les joueurs du Championnat du monde 2014… Finalement, cette qualification a lancé notre été, le fait qu’on gagne et qu’on joue super bien à Lyon a conditionné notre mentalité pour la suite, on s’est dit que même avec les nouveaux joueurs, on pouvait battre tout le monde.

"L’usure, tu l’oublies quand tu soulèves le trophée"


En 2014 en Pologne, vous n’aviez encore rien gagné, depuis, vous avez remporté deux fois la Ligue Mondiale et l’Euro 2015, sentez-vous que les autres équipes portent un regard différent sur vous depuis trois ans ?
Oui, je pense que les experts du volley sentent qu’on est une équipe vraiment difficile à manœuvrer. J’ai encore récemment parlé à mon coach adjoint de Zaksa (son club) qui est le coach adjoint de l’équipe nationale de Pologne et qui me demandait : "Mais comment vous faites pour aussi bien défendre ? Que travaillez-vous à l’entraînement ?" Notre réussite suscite plein de questions, c’est flatteur pour les joueurs et les entraîneurs de voir que les gens sont curieux de voir comment on a fait pour développer ce jeu. A côté, on sent aussi qu’on a pris une autre dimension auprès du grand public qui suit le volley mondial, comme en Pologne. Ici, ça arrive souvent qu’on me demande des photos, des autographes. Dans ma ville (Kedzierzyn-Kozle), comme c’est petit, c’est assez fréquent, mais ça arrive aussi quand je suis dans un restaurant à Cracovie.

Parlons de votre poule, a priori abordable, quel est le danger de ces trois matchs face à la Belgique, aux Pays-Bas et à la Turquie ?
C’est justement de se dire que c’est trop abordable et de ne pas préparer les matchs comme si on jouait une équipe beaucoup plus forte sur le papier. Mais je pense qu’on a maintenant suffisamment d’expérience pour se dire qu’il faut préparer tous les matchs de la même façon. Surtout, avec cette formule du Championnat d’Europe qui te permet d’avoir un match en moins et un jour de repos en plus si tu termines premier de la poule, c’est super important d’aller directement en quarts de finale. Si on veut ça, il va falloir gagner tous les matchs de la poule.

Votre rôle en tant que capitaine est-il de le rappeler à vos partenaires ?
Pas plus que ça, car on est tous matures, on sait ce que représente un Championnat d’Europe. Pour certains, c’est certes leur premier, pour moi, c’est mon quatrième, mais on sait tous ça, on sait aussi que ça peut être compliqué car on va être l’équipe à battre. Les Belges, les Hollandais, les Turcs, ce seront des équipes qui n’auront pas trop de pression contre nous et vont essayer de tout envoyer pour gagner.

L’objectif, c’est le titre et rien d’autre ?
C’est la médaille. Après, le titre, ça serait vraiment beau, on l’a forcément dans un coin de notre tête. Mais même si on a le tableau le plus ouvert par rapport à l’autre poule, on sait que ça va être compliqué.

Vous jouez en club en Pologne, à quoi va ressembler cet Euro en Pologne ?
Le volley ici, c’est la folie. Comme en 2014 au Championnat du monde, les salles vont être pleines, l’engouement est énorme, on l’a encore vu au tournoi Wagner où il y avait 10 000 personnes pour des matchs amicaux. La Pologne, c’est le pays parfait pour organiser un Euro, même si on espère bien que le prochain aura lieu en France (la décision sera annoncée le 1er septembre) ! J’ai en plus la chance de jouer la phase de poules à 45 minutes de mon club, c’est top, il va y avoir du monde qui va venir nous supporter. Et on joue la Belgique avec Sam Deroo qui est mon partenaire en club, ça va être marrant.

Après toutes ces années en équipe de France, savourez-vous ce qui vous arrive ?
Oui, bien sûr, je savoure, parce que tout sportif a envie de se construire un palmarès, pour soi, pour ses proches, sa famille, pour être fier quand on arrête sa carrière. C’est important et c’est ce que nous sommes en train de faire avec l’équipe de France, on a envie de continuer.

Ne ressentez-vous jamais d’usure ?
Bien sûr qu’il y a de l’usure, parce qu’on enchaîne, on a peu de repos, mais l’usure, tu l’oublies quand tu soulèves le trophée et que tu gagnes des titres.