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17/03/2017
A Cannes avec Pierre Pujol
Notre tour des internationaux passe cette semaine par Cannes où évolue Pierre Pujol. Blessé à la main droite en début de saison, le passeur tricolore évoque sa saison compliquée avec l’ASC et parle de l’équipe de France.
A trois journées de la fin de la saison, Cannes est à la lutte avec Nantes-Rezé et Sète pour éviter la 11e place, synonyme de barrage pour le maintien, vous attendiez-vous à une saison si difficile ?
Disons qu’on savait que ce serait une saison compliquée compte tenu de l’homogénéité du Championnat. Entre la 7e et la 11e place, il n’y a que cinq points, on se rend compte que les derniers qualifiés en playoffs auront peut-être une victoire de plus que les équipes non-qualifiées, je crois d’ailleurs que nous avons gagné autant de matchs que le 7e ou le 8e (le 8e, Poitiers, ndlr). Donc on s’attendait à une saison pas évidente avec un effectif renouvelé, un nouveau coach (Arnaud Josserand), et surtout, nous avons eu des blessures en cascade. On en rigolait (jaune) cette semaine avec Horacio (D’Almeida) : on n’a joué que deux matchs ensemble sur la saison ! Ce championnat est tellement serré que dès que tu as des joueurs blessés, tu perds vite des points, surtout qu’au départ, nous avions un effectif limité à onze joueurs.

Il vous reste trois matchs, vous sentez-vous animés d’un esprit commando ?
Je l’espère ! On veut tous sauver le club, c’est le plus important, mais la saison galère continue, avec encore des blessés : Timothée Carle, et moi, je me suis bloqué le dos en muscu, on essaie de survivre ! Il reste trois matchs, le but est d’absolument garder notre destin entre nos mains avant le dernier match à domicile face à Sète. Avec le changement de calendrier, on joue d’abord Ajaccio qui est sur une bonne dynamique, même si on peut espérer qu’ils soient un peu déçus de leur élimination en Coupe d’Europe et fatigués par l’enchaînement des matchs entre la Coupe d’Europe et la Coupe de France, ensuite on va à Poitiers avant de recevoir Sète.

A titre personnel, vous avez débuté la saison par une fracture de la main droite, comment avez-vous vécu cette période ?
C’était horrible. Tu sors d’une expérience fabuleuse aux JO, tu es en plein rêve, tu as le temps de faire une longue préparation de six semaines qui se passe très bien, pendant laquelle on gagne quasiment tous nos matchs amicaux, et là, tu te pètes la main, tu ne peux rien faire, à part passer ton temps dans les salles d’attente, à mettre le plâtre, déplâtrer pour les radios, t’entendre dire que ce n’est pas bon… tu es seul au monde. Ce n’était pas simple à vivre, même si je suis resté très proche du groupe.

Le retour à la compétition a-t-il été difficile ?
Oui, sportivement. Le premier match, on jouait à Ajaccio, on perd 3-1 après avoir eu pas mal d’occases. Après, on a gagné les matchs qu’on devait gagner, à Narbonne, à Sète, on s’est juste vraiment ratés contre Toulouse et Nantes chez nous, des matchs qui auraient dû nous sauver et probablement nous qualifier pour les playoffs. Les blessures à répétition ont impacté sur le jeu et sur le moral, c’était compliqué et ça le reste.

"Le mec qui te dit que l’équipe de France ne lui fait pas envie est un menteur"

Parlons maintenant de l’équipe de France, vous parliez du rêve des JO, est-ce l’impression que vous gardez de l’aventure olympique ?
Les sentiments sont mélangés. Il y a beaucoup de fierté et de joie d’avoir pu vivre ça avec cette équipe, c’était fabuleux à vivre, mais je garde quand même un goût amer, parce que je pense qu’on aurait pu et dû faire beaucoup mieux. On y allait pour quelque chose de grand et au final, on rate les quarts de finale de pas beaucoup, avec des contre-performances de notre part, certes, mais aussi des résultats improbables qui nous ont été défavorables. Je retiens cependant que même dans les moments difficiles, nous sommes restés solidaires, tout le monde s’est battu jusqu’au dernier point et a été irréprochable pendant la compétition et même après. C’est un élément qui servira à l’équipe de France pour la suite.

La suite, c’est une grosse saison qui s’annonce avec qualifications pour le Championnat du monde, Ligue Mondiale, Championnat d’Europe et World Grand Champions Cup au Japon, ça donne forcément envie…

Oui, c’est vrai qu’il y a une saison incroyable qui arrive. On verra si je suis pris, pour l’instant, je me concentre sur la fin de saison avec mon club, mais ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas rejoint mes anciens collègues qui ont annoncé qu’ils arrêtaient. J’ai bien évidemment envie de retrouver mes copains de l’équipe de France, le mec qui te dit que l’équipe de France ne lui fait pas envie est un menteur. C’est le Graal pour tout joueur, à n’importe quel âge et à n’importe quel stade de ta carrière. En plus, on forme une belle bande de copains qui arrivent à être performants tout en s’amusant, donc oui, ça fait toujours envie.

L’équipe de France va devoir se passer de certains joueurs qui ont pris du recul, voyez-vous une relève arriver ?
Oui. Il y a déjà ceux qui sont arrivés la saison dernière, Thibault Rossard et Trévor Clevenot, qui ont déjà performé en sortant de grands matchs en Ligue Mondiale. Après il y a Stephen Boyer, Jean Patry, Daryl Bultor, le central de Montpellier, et Barthélémy Chinenyeze, à Toulouse, qui ont un potentiel de malade, Antoine Brizard, qui est l’avenir de l’équipe de France au poste de passeur, Yacine Louati, qui fait un boulot monstre à Toulouse avec Cédric Enard, je n’oublie pas Luka Basic qui a eu pas mal de blessures mais a un gros potentiel, et nous, on a Timothée Carle à Cannes, qui a lui aussi été pas mal blessé mais a fait de grands matchs et joue déjà en Ligue A depuis deux-trois saisons, alors qu’il n’a que 20 ans, il y a aussi notre libero, Benjamin Diez. Je pense que tous ces joueurs font partie de la relève immédiate, ils vont à mon avis être appelés par Laurent Tillie pour compléter cette équipe de France.

Finissons par l’avenir : avez-vous une idée de la suite de votre carrière en club ?
Non, aucune idée. Je n’ai pas encore rencontré mes dirigeants pour parler de ça, en ce moment, il faut d’abord sauver le club avant de penser à son cas personnel. Le seul truc que je sais - et c’est mon leitmotiv depuis le début - c’est que je fonctionne au projet, à l’aventure humaine, j’ai besoin de me sentir bien quelque part pour performer. Donc peu importe où, en France ou à l’étranger, mais j’ai envie d’un beau projet qui me donne envie de me battre, ça peut être pour n’importe quoi : être le premier club du Sud, jouer le titre, même jouer le maintien ! Au vu de l’homogénéité du Championnat de France, il n’y a aucune honte à avouer en début de saison qu’on joue le maintien, c’est évident moins beau que d’être champion de France, mais tu peux aussi en ressentir une énorme fierté si c’est ton objectif de début de saison et que tu y arrives. J’en parlais récemment dans l’avion avec Claude Onesta (manager de l’équipe de France masculine de handball, ndlr) : je n’ai plus d’agent, je fais partie de l’ancienne génération qui tape dans la main du président, je crois encore aux relations humaines.

L’envie de jouer est toujours là ?
Oui ! Et le jour où je ne l’ai plus, je ne mentirai pas. Pour moi, le vestiaire est quelque chose de très important : le jour où l’envie n’est plus là, même si c’est en cours de saison, je ne continuerai pas pour prendre de l’argent et mentir aux mecs qui sont à côté de moi, j’irai voir mon entraîneur et mon président pour leur annoncer que j’arrête.